mercredi 2 janvier 2013

Cendrillon au Théatre National





Cendrillon  de Joël Pommerat au  



A peine sortie de l’enfance, une toute jeune fille s’est tenue au chevet de sa mère gravement malade. Quelques mots - prononcés à mi-voix par la mourante, dans un souffle, et peut-être « mal entendus » par la petite - et la voilà liée, chargée de mission, tenue à un rôle... Quelle marge de manœuvre lui reste-t-il pour envisager de suivre son père qui se remarie ? Comment « composer » avec l’avenir qui se dessine sous les traits d’une belle-mère coquette nantie de deux grandes adolescentes frivoles et égocentriques ? Comment naviguer entre les cendres du passé, le réel qui s’impose, la vie effervescente et une imagination qui déborde? Quels seront les points d’appui pour entrer de plain pied dans le désir et l’existence ? Un prince naïf ? Une fée déjantée ?

Reprenant à son compte les motifs de Cendrillon, ses merveilles déployées sur fond de deuil difficile, de communication brouillée et de violences relationnelles, l’auteur-metteur en scène Joël Pommerat réécrit librement. Sur la trame d’un conte déjà tant de fois transformé par la tradition orale, très provisoirement fixé d’abord par Charles Perrault puis par les frères Grimm et dont il existe de par le monde plusieurs centaines de variantes, il tisse sa propre vision de la jeune orpheline... Comme il l’avait fait avec Pinocchio ou Le Petit Chaperon Rouge, ses deux précédents spectacles « pour enfants » qui avaient subjugué tous les publics, il mêle les éléments reconnaissables à d’audacieuses transfigurations, n’est fidèle qu’à ce qui le touche. Menant de front une écriture personnelle stimulée par la présence des acteurs et le travail minutieux de la lumière, des projections et du son, il crée pour la scène des images neuves et troublantes, désoriente l’oreille par l’apparente simplicité d’une langue tenue à l’essentiel, émeut par l’étrangeté d’un jeu dénué des théâtralités convenues. En le renouvelant, en l’habillant des pouvoirs illusionnistes du théâtre contemporain, il rafraîchit la puissance originelle du conte, sa texture à la fois familière et cryptée : un dédale de sens pour questionner la vie, qu’on ait 8 ou 88 ans, sans morale ni réponse toute faite.
Cécile Michaux 



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